École de la Clé-du-Boisé

La Grande Ourse - vue 1

Année : 1990
Localisation : Cour arrière
Artiste : Michel Saulnier
Citation : « (…) on dirait qu'il est parti prendre l'air! »
Technique : Sculpture

Situation 1. La base et la sculpture

Cette situation fait rire. Nous sommes bien en présence de deux éléments complémentaires; une base et une sculpture, sauf que la sculpture n'est pas là où l'histoire de l'art nous dit traditionnellement qu'elle doit être. De plus, et ce qui ajoute au comique, la sculpture est un gros ours, loin du socle, on dirait qu'il est parti prendre l'air!

Je m'intéresse aux jouets, car ils ont le même fonctionnement que les œuvres d'art. Un jouet constitue à la fois une représentation culturellement codée du monde réel et un appel pour chaque enfant qui l'utilise, à des rêves différents. S'il y a un animal associé aux jouets de l'enfance c'est bien l'ours. Son image appartient à notre histoire à tous, nourrie par les comptines, les livres pour enfants et les dessins animés. Qu'on le nomme « Teddy », « Yogi » ou simplement « Nounours » et voici que reviennent à notre esprit des souvenirs inconscients souvent liés à la première enfance. Point n'est besoin de multiplier les exemples pour comprendre que ce choix « iconographique » d'un ours qui cabriole dans l'espace ouvre sur un espace lyrique et onirique. L'ours qui mesure un peu plus de 6 pieds de haut et réalisé en cuivre pur est placé près du petit bois. Non seulement profite-t-il d'une dénivellation de terrain pour donner plus de naturalisme à sa pose, mais il renforce ainsi (en étant situé un peu à l'extérieur de la terrasse d'école) l'espace symbolique du jeu. Que fait cet ours ? Il mime des jeux d'enfants, il est recroquevillé sur lui-même pour cabrioler dans l'espace.

Situation 2. La base est aussi une sculpture

Il y a une sculpture-ours à l'extérieur de la terrasse et au centre de celle-ci se trouve une œuvre minimale, un carré volumétrique de 10' X 10' X 18" de haut. Le matériau choisi pour cette dernière est la pierre polie, du granite noir pour les côtés et un granite vert, marbré, au-dessus Le motif en damier sur la surface du haut est inhérent à l'assemblage des tuiles et contraste agréablement avec les veines de la pierre qui laissent voir différentes formes le plus souvent liées au mouvement de la terre et du ciel (une mer en furie, un ciel orageux, des montagnes à pic…). L'ensemble pourrait presque faire songer à une carte topographique. Cette idée est renforcée par le travail de marquetterie qui dessine 14 points jaunes sur la surface. On reconnaît la position des étoiles, c'est la Grande et la Petite Ourse. Autrement dit, on voit dans ce qu'il convient maintenant d'appeler ce tableau géologique, l'espace infini du ciel.

Situation 3. La vérité !

Chacune des sculptures représente à sa manière la Grande Ourse. Il y a le langage de la science et celui de l'art. Je ne dirais pas que le code utilisé par la science est moins poétique que celui utilisé par la sculpture (et vice versa). Les deux codes laissent entrevoir d'autres mondes possibles. L'un signale les retrouvailles avec l'imaginaire de l'enfance. Se joue ici une mémoire culturelle (la dimension de notre ours permettra à l'observateur de retrouver le sens qu'avaient pour lui les objets lorsqu'il était enfant). L'autre produit un affolement des sens créé par le soupçon d'un ordre qui nous échappe dans l'immensité de l'univers, une mémoire « cosmique » (il faut s'étendre dans l'herbe et regarder les étoiles un soir du mois d'août pour retrouver cette sensation vertigineuse).

Situation 4. Ce qui n'a pas encore été dit.

Esthétiquement l'œuvre s'intègre bien à l'ensemble. Elle marque le centre d'une place circulaire et rappelle par ses angles droits le fronton du bâtiment qui domine le lieu. La représentation codée de la Grande et de la Petite Ourse a également été conçue pour servir de point de rencontre. On peut s'asseoir et marcher sur la surface de pierre. L'ensemble pourrait même servir de scène pour un spectacle. Les spectateurs prendraient place adossés à la butte en compagnie de l'autre Grande Ourse.

Les étoiles sont les points lumineux de l'univers. C'est par rapport à l'étoile polaire que se définit la position des navigateurs de la terre et du ciel (on s'aide de la Grande Ourse pour trouver l'étoile polaire, elle est présente sur notre carte). L'étoile polaire a été considérée dans la symbolique universelle comme étant le centre de l'univers. À bien des égards, mais surtout par ce rôle de guide qu'elle tient, il nous est permis de faire des rapprochements entre l'étoile polaire et l'école.