École du Boisé

Théodolite

Année : 1992
Localisation : Cour avant
Artiste : Pierre Bourgault-Legros
Citation : « raconte-moi une histoire de ton imaginaire, écris-moi un texte, colore-moi un dessin. »
Technique : Sculpture

D'abord, une sculpture construite, ouverte et transparente, à l'image d'un théodolite pour mesurer l'espace… Aussi, un instrument didactique créateur.

Un totem composé par trois étages juxtaposés. Au départ, trois supports verticaux arrêtés par un plan horizontal sur lequel pèsent trois formes monolithiques.

Des objets pleins qui dessinent autour du vide, des objets vides dessinent l'espace ouvert.

On en reconnaît aisément l'iconographie; c'est comme si trois crayons en mouvement soulevaient une enceinte en forme de lettre sur laquelle un hibou et deux formes géométriques, le cercle libre et le pentagone irrégulier, animaient le cercle.

Les emporte-pièces sont copiés à partir des outils utilisés domestiquement pour découper des figures dans les galettes.

Les crayons sont déstabilisés… Leurs pointes fines touchent le sol, accentuent cette précarité. Puis il y a le cercle/lettre morcelé. Lettre ouverte, enceinte publique, ce cercle devient métaphore du langage, source inépuisable des savoirs transmis et des zones de communication. Si on observe bien, ce support horizontal décroche brusquement dans ses extrémités : une pointe va vers le haut et l'autre vise la terre. Ici encore, il y a incitation au mouvement. Enfin, l'étalement des trois figures déposées autour du cercle obéit à une logique déportée, aucunement rectiligne vis-à-vis les supports/crayons. La mémoire du carroussel anime ce cirque.

Les formes géométriques du cercle et du pentagone entourant le hibou ont fonction de mires, de viseurs. Elles ont pour but d'enclencher l'action visuelle du voyeur. Ces viseurs géométriques découpent l'espace. Le mouvement est alors suggéré. Le rond surplombe l'école vers le ciel. Le pentagone transporte le regard (et la réflexion) dans la nature.

Le hibou, dans la légende, fait figure d'oiseau gardien. C'est le veilleur de nuit qui somnole le jour, à la mouvance mystérieuse, absente. La forme de l'oiseau est pleine, mais trouée d'espaces d'où filtre la lumière. C'est comme si le hibou débordait la cage pouvant le retenir.

Ce n'est pas un hasard. Il y a ici une piste artistique concernant le sculptural et une réflexion sur l'enseignement.

Ainsi, cette approche suggestive par des moyens sculpturaux, inspirée de méthodes utilisées en peinture, comme l'utilisation du pochoir ou autres objets singuliers, déclenche une action efficace dans l'imaginaire d'acteurs disposés à l'observation.

Ici, ces viseurs sélectionnent deux portions du site. La forme géométrique carrée imagine le construit : bâtir une maison à partir du bois, dans la forêt. La forme géométrique en cercle, elle, découpe des surfaces, comme des trouées de rêves, d'intuition et d'imagination au-dessus de l'architecture du Centre socio-éducatif de Pintendre. Ces formes en déséquilibre laissent passer le paysage, esquissent une architecture de nos milieux de vie et d'apprentissage réels.

Tous les éléments étalés, assemblés fragilement, sont disponibles pour l'action : peinture-sculpture, outil d'action et éthique du vécu enrichissent l'aventure pédagogique.

Les éléments disposés sur le tablier, prononcés seulement par les contours, ne sont que la suggestion dessinée de ces objets, ramenant encore l'idée de la distance entre la volonté de l'énoncé et du perçu.

Ce faisant, le Théodolite devient une sculpture action qui se situe entre la réalité de l'apprentissage et le senti, le vécu. Les crayons sont des outils pour écrire et dessiner; ils ne créent pas le texte, la dissertation, le dessin. Ils rappellent l'envolée libre, nécessitée à tout plan de formation concerté. Il y a, selon moi, comme une magie entre ces deux pôles : l'enseigné et le vécu. Cette sculpture implique la volonté de participer, d'assimiler les données, de les personnaliser.

En ce sens, l'esprit de cette sculpture est joyeux, à l'extrême ludique, participatif aussi. Dans la mesure où, placée au centre de la circulation, la Grande Fresque donne l'impression d'être l'outil de décors. Tout devient un théâtre-environnement où les spectateurs sont inclus. Ils en sont les acteurs, placés entre le déclencheur et le spectacle.